Si en France le printemps arrive le 21 mars, en Roumanie, pour la grande majorité des roumains, le printemps arrive avec trois semaines d’avance, c’est-à-dire aujourd’hui, le 1er Mars.

Mes souvenirs les plus lointains de ce jour remontent au CP, 1ère classe en Roumanie, car là-bas le calcul est plus simple, on rentre en 1ère (CP) et on finit le lycée en 12ème, équivalent de la terminale. Les derniers jours de février, les magasins de l’époque communiste, monochromes et très pauvres, avec les rayons vides d’ordinaire, s’ornaient de magnifiques mărţişor que me tenait bouche bée d’émerveillement devant les vitrines. De petits bijoux en métal peint représentant des ramoneurs, fers à cheval, trèfles à 4 feuilles ou encore des coccinelles, autant de talismans porte-bonheur étaient épinglés avec soin sur un grand cœur plat en polystyrène recouvert de velours noir. Je me souviens des listes que je faisais avant d’aller en acheter : les plus beaux pour maman, la maîtresse et les meilleures copines, des plus ordinaires pour les autres camarades de classe. Si je réfléchis un peu, c’était certainement mon premier swap !

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Chaque mărţişor est attaché par un fil torsadé rouge et blanc, c’est obligatoire ! Le mărţişor est porté comme une broche, accroché avec une épingle à nourrice sur le pull et sur le col du manteau. Si le petit bijou est un porte bonheur, le fil est rempli de symboles ancestraux : le renouveau, la renaissance de la nature avec l’arrivée du printemps, l’espoir et l’amour ! En général on reçoit autant de mărţişor que ce que l’on offre, sinon plus, car à partir de 8-10 ans, les garçons en  offrent aux filles, mais plus l’inverse. J’avais mon « tiroir à mărţişor » à la maison, j’aimais les regarder de temps à autre. Les bijoux finissaient toujours emmêlés dans les fils, le tout finissait par faire une grosse boule de fil rouge et blanc !

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Les mărţişor d’aujourd’hui gardent toujours le fil bicolore en satin avec les deux petits pompons aux extrémités, mais les ramoneurs, fers à cheval et autres trèfles ont fait place à une grande variété de sujets, allant de fleurs, insectes, animaux, à des personnages de dessins animé ou motifs fantaisie. Tout peut devenir mărţişor aujourd’hui, du moment qu’il est accompagné du traditionnel fil torsadé rouge est blanc, j’ai vu un reportage récemment, le choix des matières est infini : métal : précieux ou pas, tissu, feutrine, matériaux naturels comme les plumes, les petits coquillages le bois ou encore le papier travaillé en quilling ou origami, sans oublier la fameuse pâte polymère qui est modelée à toutes les sauces ! La dernière semaine de février, des étals éphémères fleurissent dans les rues et les magasins ont toujours un espace dédié.

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J’aime toujours offrir un mărţişor à mon entourage proche, j’aime transmettre cette belle tradition. Depuis que Petit Crapaud est scolarisé, j’aime en offrir aussi à sa maîtresse et à ses ATSEM. Aujourd’hui, c’est la première fois qu’on prépare les mărţişor en binôme ! J Je ne suis pas peu fière ! Il a choisi un ramoneur et un fer à cheval pour ses copains préférés et des trèfles pour les autres. Le tout a été fait sur du plastique fou, j’ai fait les contours, le trou à la perforatrice, il a colorié, le tout 2 minutes au four et nous avons 6 jolis mărţişor à offrir !

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Pour ce qui ne connaît pas le plastique fou/plastique dingue/shrink plastic, c’est une feuille A4 en plastique transparent, légèrement poncée, qui se dessine, se colorie, se découpe, afin de faire de jolis grigris, bijoux et autres breloques. Après un passage éclair au four à 180°, le plastique rétrécit et s’épaissit. On peut voir l’avant/après passage au four, le livre sur lequel les mărţişor sont posés est le même !

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NB : mărţişor est mărţişoare au pluriel, c’est un nom neutre : masculin au singulier et féminin au pluriel. Pour une meilleure fluidité du texte, j’ai écorché express le pluriel, même si les doigts me brulent chaque fois que je l’écris ainsi.